Category: Bourse Carbone

Les entreprises canadiennes en queue de peloton

* 5 octobre 2010
* La Presse Affaires
* HÉLÈNE BARIL

Les entreprises canadiennes en queue de peloton

Les entreprises canadiennes restent tièdes lorsqu’il s’agit de discuter de changements climatiques et de leur stratégie pour y faire face, constate encore cette année le Conference Board du Canada, dans son cinquième rapport réalisé pour le Carbon Disclosure Project.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE Selon le Conference Board, l’absence de politique claire du gouvernement fédéral en matière d’objectif de réduction des gaz à effets de serre explique le manque d’engagement des entreprises canadiennes.

Seulement 46% des 201 plus grandes entreprises canadiennes sondées par l’organisme international ont pris le temps de répondre au questionnaire qui leur a été envoyé, selon les informations obtenues par La Presse Affaires.

Ce taux de réponse de 46% est le plus bas depuis trois ans. Il était de 48% l’an dernier et de 55% en 2008.

Le vice – président du Conference Board, Gilles Rhéaume, explique ce désintérêt par la conjoncture économique difficile. «La récession a eu un impact sur la gouvernance des entreprises, avancet-il. Les priorités changent.»

Le Carbon Disclosure Projet est un organisme à but non lucratif qui détient la plus grande banque de données au monde sur les changements climatiques. Son sondage annuel mesure l’intérêt des entreprises dans la gestion des enjeux liés aux changements climatiques, et ce, partout dans le monde.

Encore cette année, les entreprises canadiennes qui ont répondu au sondage se classent en queue de peloton sur le plan international. «On est très en arrière des Européens et un peu en arrière des Américains», constate le vice-président du Conference Board.

Selon lui, l’absence de politique claire du gouvernement fédéral en matière d’objectif de réduction des gaz à effets de serre explique le manque d’engagement des entreprises canadiennes.

Le rapport 2010, qui sera rendu public aujourd’hui, le souligne clairement. « Il est évident que les sociétés des pays qui obligent à prendre des mesures de lutte contre les changements climatiques sont beaucoup plus engagées dans ce domaine», peut-on y lire.

C’est ce qui explique l’avantage relatif des entreprises européennes dans le classement du Carbon Disclosure Project. Même les entreprises américaines s’intéressent davantage à la question des changements climatiques, en raison des intentions claires énoncées par l’administration Obama.

Dans une liste de 20 pays qui peuvent se comparer, les entreprises européennes arrivent en tête du classement, les entreprises américaines sont au 12e rang et les canadiennes au 17e rang.

Les meilleures

Parmi les entreprises canadiennes qui ont répondu au sondage, 15 se distinguent particulièrement, selon le Conference Board. Certaines de ces entreprises sont des habituées de ce classement, comme la Banque Royale qui y figure depuis sa première présentation, en 2006.

Deux de ces quinze entreprises qui font bonne figure sont québécoises. Il s’agit de la Banque Nationale et de SNC-Lavalin. L’an dernier, il y en avait quatre, soit le CN, Bombardier, Gaz Métro et Bell.

Les entreprises qui figurent en bonne place sont celles qui ont mis en place des mesures pour s’adapter aux changements climatiques, soit en se fixant des objectifs de réductions de leurs émissions, soit en prévoyant des mesures pour s’adapter aux changements climatiques anticipés.

Même si le classement des entreprises canadiennes ne s’est pas amélioré en 2010, il y a quand même des choses qui ont changé, pour le mieux, selon Gilles Rhéaume. «Par exemple, il y a plus d’entreprises qui ont des mesures de gouvernance liées aux changements climatiques », souligne-t-il.

Les entreprises canadiennes sont aussi plus nombreuses à croire que les changements climatiques n’auront pas seulement un impact négatif sur leur bilan.

«Les réponses des chefs de file de cette année témoignent, plus que jamais, de leur intérêt pour les occasions d’affaires offertes par les changements climatiques et de leur ferme intention de les exploiter », constate le rapport.

Année après année, les entreprises du secteur financier et celles du secteur de l’énergie sont les plus représentées dans le classement du Carbon Disclosure Project. Les entreprises du secteur énergétique qui s’intéressent aux changements climatiques y voient une façon d’améliorer leur position concurrentielle, selon Gilles Rhéaume, tandis que l’intérêt des financières est dans la gestion des risques liés à ces changements.

Crédits de carbone: Raymond Chabot Grant Thornton entre dans la danse


PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Gérald Daly, associé, risque et contrôle, chez Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT), et Roger Fournier, le tout premier comptable spécialisé en crédits de carbone au Québec et encore aujourd’hui le plus actif.

Philippe Mercure
La Presse

(Montréal) Après des années de tergiversations, le marché réglementé des crédits de carbone est à nos portes au Québec. Et Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT), première grande firme comptable à avoir raflé des mandats de vérification dans le domaine du carbone dans la province, s’y prépare activement.

RCGT a déjà réalisé plus d’une demi-douzaine de mandats de vérification liés aux gaz à effet de serre (GES) au Québec et dit en avoir encore «sept ou huit» dans ses cartons.

Puisque aucune entreprise n’est encore obligée de réduire ses émissions de GES, la firme n’intervient pour l’instant que dans le marché volontaire. Mais elle voit ça comme une répétition générale.

«On voit venir le marché en 2012. L’année 2012 semble être celle où ça va exploser», dit Gérald Daly, associé, risque et contrôle, chez RCGT.

Dès 2012, les gros émetteurs du Québec devront en effet réduire leurs émissions en vertu du Western Climate Initiative, un marché de carbone qui regroupera quatre provinces canadiennes et sept États américains (voir encadré). Les entreprises auront le choix: réduire leurs émissions à l’interne ou acheter des crédits de carbone pour les compenser.

Quels bénéfices une firme de vérification comme RCGT peut-elle en tirer? Il y en a plusieurs, répond M. Daly. D’abord, dès cette année, toutes les entreprises québécoises qui émettent plus de 10 000 tonnes de CO2 devront déclarer leurs émissions au gouvernement. Pour l’instant, celui-ci n’exige pas qu’une firme de vérification externe confirme la validité des chiffres fournis. Mais, pour les émissions de 2011, les entreprises qui émettent plus de 25 000 tonnes devront le faire.

RCGT veut aussi offrir des services de «consultation» aux entreprises qui doivent faire face à la nouvelle réglementation.

«Plusieurs entreprises vont se poser des questions. Est-ce que je suis réglementée? Est-ce que j’émets 10 000 tonnes? Et à partir du moment où on conclut qu’on est réglementé, il faut partir un projet de réduction – plusieurs entreprises n’ont jamais fait ça», dit M. Daly.

Mais pour la firme comptable, les occasions d’affaires les plus intéressantes ne se trouvent pas du côté des entreprises réglementées (il y en aurait environ 215, selon des estimations du gouvernement), mais bien du côté de celles qui créeront des projets de réduction pour vendre des crédits de carbone.

Or, ces crédits devront être vérifiés avant d’être vendus.

«Il y a une industrie qui se crée autour de ça. Notre marché, il est là», dit M. Daly.

Pour se tailler une place dans ce marché en émergence, RCGT n’a fait ni une ni deux. Elle est allée chercher le tout premier comptable spécialisé en crédits de carbone au Québec et encore aujourd’hui le plus actif: Roger Fournier, qui avait fondé la firme GDTS Environnement.

Dès 2005, M. Fournier a pris le pari de se lancer dans la vérification des réductions et des stocks de GES. Depuis, il a effectué plus de 60 mandats. En janvier, il est devenu premier directeur principal, Environnement – gaz à effet de serre, chez RCGT.

La firme comptable a aussi fait accréditer six autres employés pour qu’ils puissent vérifier des stocks ou des réductions de GES.

Marchés de carbone: une course avant le fil d’arrivée

Western Climate Initiative (WCI), Regional Greenhouse Gas Initiative, Midwestern GHG Reduction Accord: en l’absence de marché de carbone imposé par les gouvernements fédéraux, plusieurs marchés régionaux sont en train de se mettre en place en Amérique du Nord, chacun regroupant un certain nombre d’États américains et de provinces canadiennes. Ajoutez à cela un gouvernement américain qui planche sur un marché fédéral (auquel se joindrait probablement le Canada) et l’Environnemental Protection Agency qui a aussi le pouvoir de réglementer les entreprises américaines et vous avez là un joyeux fouillis de normes et de règles en préparation. «On se sent dans la période du bêta et du VHS. Il y a des normes partout», lance Gérald Daly, associé, risque et contrôle, chez RCGT. Pour l’instant, il semble acquis que le WCI, auquel participe le Québec, sera le premier marché à entrer en fonction en 2012. Il reste à voir si d’autres marchés s’y grefferont avant sa mise en place, et à quel moment ces marchés régionaux céderont le pas aux marchés fédéraux.

Trop compliquée, la Bourse du carbone d’après Michael Porter

* 29 juin 2010
* La Presse Affaires
* MARTIN VALLIÈRES

Trop compliquée, la Bourse du carbone

« Dans de plus en plus de secteurs, on constate qu’une réglementation simple et bien appliquée ne nuit pas à la compétitivité d’un pays ou d’une entreprise, mais qu’elle peut en fait la rehausser. »

Le concept de « Bourse du carbone » s’annonce trop compliqué à implanter et à gérer pour espérer une véritable réduction des polluants de l’air, estime Michael Porter, économiste de renommée internationale en matière de réglementation.

À la place, les taxes sur les émissions de gaz carbonique qui sont mises en place dans certains pays d’Europe et dans quelques gouvernements régionaux ailleurs dans le monde seraient plus efficaces pour abaisser les émissions polluantes et susciter des innovations positives pour l’économie.

« Dans de plus en plus de secteurs, on constate qu’une réglementation simple et bien appliquée ne nuit pas à la compétitivité d’un pays ou d’une entreprise, mais qu’elle peut en fait la rehausser. Or, en matière de pollution atmosphérique, c’est une mesure simple et directe comme une taxe sur le carbone qui serait la plus efficace au lieu d’une Bourse du carbone », selon M. Porter, directeur de l’Institut de stratégie et de compétitivité qui est lié à l’École de gestion d’affaires de l’Université Harvard.

Économiste connu pour ses analyses de la compétitivité des pays et le développement durable, Michael Porter était de passage hier à Montréal à titre de conférencier principal d’un colloque sur l’impact économique de la réglementation environnementale.

Ce colloque, qui a réuni une soixantaine de chercheurs et d’analystes l’ Université McGill, était aussi précurseur du Congrès mondial des économistes en environnement, qui a lieu jusqu’à vendredi à l’UQAM.

Le colloque d’hier à McGill était centré sur « l’hypothèse Porter » émise il y a une vingtaine d’années par le célèbre économiste de Harvard.

Selon cette analyse introduite à l’époque où la déréglementation prévalait dans le monde industrialisé, une réglementation à incidence économique qui est conçue simplement et bien gérée peut devenir un élément de compétitivité et d’innovation pour un pays.

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