Category: Chine

La face cachée du « fabriqué en Chine » – La Presse Affaires

* 18 avril 2011
* La Presse
* ARI VAN ASSCHE
* COLLABORATION SPÉCIALE HEC

La face cachée du « fabriqué en Chine »

Bien que 11% des importations du Canada proviennent de la Chine, seulement 30 à 50% de la valeur de ces produits est vraiment créée en Chine. Le reste équivaut simplement à la valeur des composants que laChine a importés pour la production de ses exportations.

La Chine est devenue un point central dans toutes les discussions sur la mondialisation et son impact sur l’économie canadienne. Selon un sondage mené par la Fondation AsiePacifique du Canada en 2010, les Canadiens estiment que la Chine est le deuxième pays en importance pour la prospérité canadienne, après les États-Unis et devant l’Union européenne. Cependant, la population demeure sceptique, et une majorité pense que l’émergence de la Chine en tant que force économique majeure est défavorable pour l’économie canadienne.

Alors qu’il y a une quinzaine d’années, la Chine exportait surtout des produits de faible technologie, aujourd’hui, elle est devenue le principal exportateur de produits de haute technologie, notamment des ordinateurs.

Cette crainte est sans doute amplifiée par l’augmentation draconienne des importations en provenance de la Chine : présentement, ces dernières représentent 11% des importations totales du Canada. Cela ne devrait pas surprendre les consommateurs canadiens puisque les produits portant l’étiquette « Fabriqué en Chine » sont omniprésents.

Une deuxième source d’inquiétude est l’évolution de la structure des importations en provenance de la Chine. Il y a une quinzaine d’années, la Chine exportait principalement des produits de faible technologie tels que des vêtements, des jouets et des chaussures. Aujourd’hui, elle est devenue le principal exportateur de produits de haute technologie tels que des ordinateurs et des équipements de télécommunications. Cela fait naître les craintes que la Chine évolue rapidement vers le haut de l’échelle technologique, et devienne concurrentielle dans les industries de haute technologie dans lesquelles les pays développés comme le Canada devraient en principe détenir un avantage comparatif.

Une ascension inquiétante ?

Donc, jusqu’à quel point l’ascension du dragon chinois doit-elle nous inquiéter? Une fois que l’on considère le rôle de la Chine dans les chaînes de valeur mondiales, la menace de la Chine apparaît moins grande. L’un des principaux facteurs de la croissance des exportations chinoises a été le succès du régime douanier préférentiel accordé aux produits importés destinés à être réexportés après assemblage ou transformation. De nombreuses entreprises ont profité de ce régime pour intégrer la Chine dans leurs chaînes de valeur mondiales en y déplaçant leurs activités d’assemblage final. Actuellement, plus de la moitié des exportations de la Chine proviennent de ce régime douanier. Alors, la majorité des exportations chinoises n’est que l’assemblage des composants importés.

Compt e t enu du rôle important de la Chine comme assembleur final, on devrait reconsidérer l’ampleur de la menace économique provenant de ce pays. Les exportations chinoises ne reflètent pas uniquement les activités de production qui prennent place dans le pays, mais englobent également des activités de production dans des pays à partir desquels des intrants sont importés. Donc, bien que 11% des importations du Canada proviennent de la Chine, seulement 30 à 50% de la valeur de ces produits est vraiment créée en Chine. Le reste équivaut simplement à la valeur des composants que la Chine a importés pour la production de ses exportations.

Cela implique aussi qu’on devrait revoir à la baisse l’évolution de la trajectoire technologique de la Chine. La croissance des exportations chinoises s’est concentrée dans les secteurs de haute technologie, mais précisément ces secteurs dépendent le plus fortement d’intrants importés. Si l’on s’en tient uniquement au contenu des exportations véritablement produit en Chine, on constate que les activités de production chinoises sont plutôt restées en cohérence avec l’avantage comparatif que la Chine possède dans les activités de production à forte consommation de main-d’oeuvre.

Si une grande partie des exportations chinoises n’est qu’assemblée en Chine, pourquoi les produits portant l’étiquette « Fabriqué en Chine » sont-ils omniprésents ? Considérons les règles d’origine. Si deux ou plusieurs pays interviennent dans la product ion des marchandises, l’origine correspond généralement au dernier pays dans lequel une « transformation substantielle » a lieu. Une transformation substantielle exige que les marchandises soient suffisamment transformées pour passer d’un chapitre à un autre dans les listes tarifaires du Système harmonisé. L’assemblage crée cette sorte de transformation, et la Chine fait donc l’objet d’une grande partie des étiquettes « Fabriqué en Chine » même si une fraction seulement de la valeur du produit est réalisée dans ce pays.

Somme toute, la Chine n’est pas le dragon ascendant qui pose particulièrement problème aux firmes occidentales tant dans les secteurs de faible technologie que ceux de haute technologie. Surtout dans les secteurs de haute technologie, le pays est plutôt utilisé comme une plateforme finale d’assemblage par les chaînes de valeur mondiales.

Bien entendu, cela ne signifie pas que l’on devrait ignorer la sophistication croissante des exportations chinoises. Bien au contraire, on devrait se montrer préoccupé du fait que les composants de haute technologie incorporés dans les exportations chinoises proviennent de plus en plus fréquemment de pays extrêmeorientaux comme le Japon et Taïwan au lieu de provenir du Canada. Toutefois, cette menace n’est pas « Fabriquée en Chine » . Ari Van Assche est professeur en affaires internationales à HEC Montréal.
Pour le joindre : ari. van-assche@ hec. ca

Du Dollarama au Yuanrama – La Presse Affaires

* 7 février 2011
* La Presse
* HÉLÈNE BARIL

Du Dollarama au Yuanrama

Le remplacement d’un empire économique par un autre et d’une monnaie par une autre font partie des choses qui arrivent inexorablement, sans avoir besoin du consentement ou de l’appui de quiconque.

Encore impensable pour beaucoup, l ’ idée fait quand même son chemin: le yuan remplacera un jour le dollar américain comme monnaie de réserve de l’économie mondiale.

La Chine n’est pas très ouverte à l’idée que sa monnaie prenne la relève du dollar américain comme monnaie de référence parce que l’appréciation du yuan qui suivrait inévitablement réduirait sa capacité à exporter. Mais les choses pourraient changer, la Chine ayant commencé à libéraliser sa monnaie.

Ce serait, après tout, dans l’ordre des choses. Les empires économiques imposent leur monnaie au reste du monde, comme l’ont fait les Grecs et les Romains et, plus récemment, les Britanniques avec la livre sterling.

L’économie américaine a surpassé celle de la GrandeBretagne en 1872 et la devise des États-Unis s’est par la suite imposée comme monnaie de référence dans le monde entier.

Mais le règne incontesté du billet vert depuis 1945 a pris fin avec l’apparition de concurrents potentiels : l’euro, monnaie commune d’un marché de 500 millions d’habitants et le yuan, poussé par le potentiel économique de la Chine.

Dans quelques années à peine, la Chine surpassera les États-Unis et sera la plus importante économie mondiale. Si l’histoire se répète, le yuan pourrait remplacer le dollar américain comme monnaie de référence en 2050, soit dans moins de 40 ans.

Même ceux qui refusent d’envisager ce scénario ne peuvent faire autrement que de constater le déclin de l’empire américain . La crise financière de 2008 et la dépréciation du dollar qui a suivi risque d’accélérer ce déclin.

Les marchés des capitaux changent. La Chine et le Brésil, par exemple, ont commencé à utiliser leurs monnaies plutôt que le dollar américain dans leurs échanges commerciaux.

Pour le moment, la Chine n’est pas très ouverte à l’idée que samonnaie prenne la relève du dollar américain comme monnaie de référence parce que l’appréciation du yuan qui suivrait inévitablement réduirait sa capacité à exporter.

Mais la Chine commence à libéraliser l’utilisation de sa monnaie, ce qui laisse croire que les choses peuvent changer.

Ilyadesavantages importants à imposer sa monnaie aumonde entier. Des avantages politiques, mais aussi et surtout économiques. Tous les pays qui ont des réserves de dollars américains permettent aux États-Unis de se financer pour pas cher. Les entreprises américaines peuvent faire des affaires partout dans le monde en faisant l’économie de coûts de change.

Perdre cet avantage de la monnaie de référence causerait un manque à gagner de 225 milliards à l’économie américaine, soit l’équivalent de 1,5% de son produit national brut, calcule l’économiste américain Barry Eichengreen, dans un livre qui vient de paraître (*).

Même s’ils se battaient pour que leur monnaie reste la référence mondiale, les Américains n’ont pas le pouvoir de renverser le cours de l’histoire. Le remplacement d’un empire économique par un autre et d’une monnaie par une autre font partie des choses qui arrivent inexorablement, sans avoir besoin du consentement ou de l’appui de quiconque.

En bon Américain, Barry Eichengreen ne peut pas croire que le billet vert perdra complètement son statut privilégié. Il préfère croire qu’il partagera un jour ce statut avec d’autres monnaies, comme l’euro et le yuan.

C’est peut-être ce qui va arriver. Mais il ne faudrait pas sous-estimer les avantages d’avoir une seule devise de référence, plutôt que deux ou trois. Ce n’est pas pour rien qu’une monnaie finit par s’imposer, c’est parce que c’est plus simple et plus économique pour tout le monde.

Les prix du pétrole, de l’or et de la plupart des matières premières sont fixés en dollars américains. Ça simplifie grandement les échanges commerciaux dans les économies de plus en plus ouvertes et interdépendantes.

D’autres solutions comme les paniers de devises dont se sert le Fonds monétaire international ( les droits de tirage spéciaux ou DTS) n’ont probablement aucune chance de s’imposer à l’échelle mondiale. De tout temps, les gens ont préféré la simplicité d’une vraie monnaie à un instrument de commerce abstrait.

Nous ne sommes peut-être pas à la veille d’aller faire nos emplettes au Yuanrama plutôt qu’au Dollarama, mais il ne faudrait pas écarter cette éventualité du revers de la main. (*) Eichengreen, Barry, Exorbitant Privilege : The Rise and Fall of the Dollar and the Future of the International Monetary System, Oxford University Press.

La dépendance envers les exportations, une menace – La Presse Affaires

  • 17 août 2010
  • La Presse Affaires
  • BLOOMBERG

La dépendance envers les exportations, une menace

La Chine, qui vient de ravir au Japon le titre de deuxième économie du monde au dernier trimestre, doit aujourd’hui faire face à la menace d’une baisse de la demande d’exportations, de hausses des salaires et des créances douteuses à la suite d’un volume record de prêts.

PHOTO EUGENE HOSHIKO, ASSOCIATED PRESS La fierté nationale de la Chine, stimulée par le titre de «numéro deux mondial», pourrait bien compter pour peu si le pays ne réussit pas à accroître la consommation intérieure et à réduire sa dépendance envers les exportations et les investissements pour assurer sa croissance économique.

Ainsi, la fierté nationale de la Chine, stimulée par le titre de «numéro deux mondial», pourrait bien compter pour peu si le pays ne réussit pas à accroître la consommation intérieure et à réduire sa dépendance envers les exportations et les investissements pour assurer sa croissance économique, estime Brian Jackson, stratège spécialiste des marchés émergents de la Banque Royale du Canada à Hong-Kong.

La croissance des exportations et des dépenses d’investissement qui a alimenté la progression de la Chine jusqu’au rang de superpuissance économique est dorénavant en péril tandis que les consommateurs européens et américains réduisent leurs achats et que les stimulants économiques du pays à hauteur de 588 milliards US achèvent. En outre, le surplus commercial grandissant de la Chine menace de raviver les conflits avec les États-Unis.

«Au cours des 30 dernières années, la Chine a reproduit le modèle de croissance axé sur les exportations qui avait fait le succès du Japon au début des années 80 », explique Patrick Chovanec, professeur à l’Université Tsinghua, à Pékin. «Voyez ce qui est arrivé au Japon depuis ce temps, ajoutet-il. Le pays n’a pas réussi à s’adapter et il s’est égaré.»

Dimanche,leJaponaannoncé que son économie avait crû à un taux annualisé de 0,4% au cours du trimestre terminé le 30 juin dernier, soit moins que toutes les 19 estimations recueillies lors d’un sondage de Bloomberg News, résultat qui place le pays au troisième rang quant à sa taille économique derrière les États-Unis et la Chine. Le pays ne s’est pas encore remis de l’effondrement immobilier et boursier survenu il y a deux décennies. À ce moment-là, plus précisément le 29 décembre 1989, l’indice boursier Nikkei 225 valait quatre fois son niveau actuel.

Au deuxième trimestre de la présente année, le produit intérieur brut nominal du Japon s’établissait à 1288 milliards US, moins que les 1337 milliards US de la Chine, ont indiqué dimanche les autorités japonaises. Celles-ci ont toutefois souligné que pour la première moitié de 2010, l’économie japonaise avait été supérieure à celle de la Chine, le PIB atteignant 5070 milliards US contre 4900 milliards US pour la Chine.

L’an dernier, la Chine a ravi aux États-Unis le titre de plus grand marché automobile du monde et à l’Allemagne celui de plus important exportateur. Le pays vient au premier rang des acheteurs de minerai de fer et de cuivre et au deuxième rang des importateurs de pétrole brut.

«Sur le marché de la consommation, qui nous intéresse plus particulièrement, nous observons une croissance formidable en Chine», avance Mark Mobius, qui gère des actifs d’environ 34 milliards US à titre de président de Templeton Emerging Markets Group. «Le gouvernement a indiqué très clairement qu’il souhaite réduire l’importance des exportations à titre de locomotive de l’économie et à faire en sorte que les dépenses de consommation jouent un rôle plus grand», ajoute-t-il.

Il reste que la dépendance envers les exportations et les investissements ont fait baisser la consommation intérieure en Chine à 35% du PIB, le plus faible pourcentage parmi les grandes économies, comparativement à 45% il y a une décennie, a indiqué la Société Générale AG.

Vite, un coup d’accélérateur pour la locomotive chinoise

16 août 2010

  • La Presse Affaires
  • RICHARD DUPAUL

Vite, un coup d’accélérateur pour la locomotive chinoise

La locomotive chinoise ralentit : production industrielle, ventes de détail, investissements n’ont plus le même élan qu’avant. Preuve que les mesures visant à freiner la spéculation immobilière marchent. Peut-être trop bien.

Le mois dernier, les nouveaux prêts hypothécaires consentis par les banques à Shanghai ont plongé de 98 % par rapport au montant enregistré il y a un an, vient d’annoncer la Banque populaire de Chine. Une chute spectaculaire.

PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE Les ventes de maisons à Shanghai ont diminué de 11 % au début du mois d’août, selon un sondage, alors que l’offre de propriétés à vendre a rétréci de 36%. Ces chiffres illustrent à quel point les mesures anti-surchauffe, implantées par Pékin à l’hiver pour dégonfler la bulle immobilière, sont efficaces. C’est comme si les acheteurs, jadis attirés par tout ce qui est « briques et mortier » dans le coin, avaient disparu.Qui plus est, les ventes de maisons, toujours dans la ville-phare des affaires en Chine, ont diminué de 11% au début du mois d’août, selon un sondage, alors que l’offre de propriétés à vendre a rétréci de 36%.

Ces chiffres i l lustrent à quel point les mesures antisurchauffe, i mplantées par Pékin à l’hiver pour dégonfler la bulle i mmobilière, sont efficaces. C’est comme si les acheteurs, jadis attirés par tout ce qui est « briques et mortier » dans le coin, avaient disparu.

Faut-i l rappeler que les mesures chinoises destinées à refroidir l’immobilier ne manquent pas de mordant : durcissement des conditions d’accès au crédit, interdiction aux banques de prêter aux personnes achetant un troisième logement et hausse de la mise de fonds pour l’achat d’une résidence secondaire.

Résultat : l’envolée des prix des maisons en Chine ralentit. Une bonne nouvelle. Mais ce coup de frein de l’ État, qui voulait aussi prévenir une crise parmi les banques qui ont prêté des milliards aux promoteurs immobiliers sans trop demander de comptes, touche l’ensemble de l’économie. Peut-être trop. Tant et bancaires » , affirme Mark Willia ms, économiste de Capital Economics.

Perte de vitesse

Les données de j ui l l et confirment la tendance récente de la conjoncture chinoise : le moteur de la croissance mondiale a perdu de sa vitesse.

Les ventes de détail ont progressé de 17,9 %, au lieu de 18,3 % en juin. Les investissements augmentent aussi moins rapidement . Et les exportations ont enregistré une progression de 38% alors qu’elles avaient bondi de 44% le mois d’avant.

En somme, les trois moteurs de la croissance – consom-

Rien de dramatique jusquelà, c’est certain. Mais d’autres indicateurs sont plus inquiétants : les banques chinoises ont réduit leurs prêts – de toutes catégories – de 12% en juillet. Le volume des prêts est inférieur aux prévisions, signe précurseur d’une consommation domestique qui pourrait ralentir davantage.

L’inflation à un sommet

En revanche, les inquiétudes sur l’inflation chinoise persistent et devraient, en principe, pousser le gouvernement à rester vigilant.

Comme on l ’a appris la semaine dernière, la hausse des prix a atteint 3,3 % le mois si bien que Pékin devra tôt ou tard faire une volte-face, croient des experts.

« Le gouvernement sera obligé de relaxer ses politiques pour éviter un atterrissage brutal de l’économie (…), nous nous attendons à un virage à 180 degrés concernant les mesures touchant les prêts mation, i nvestissements et exportations – calment leur rythme sous l’effet des mesures anti-surchauffe.

Ces mesures se répercutent sur la production industrielle, qui a progressé de 13,4% en juillet, contre 13,7% le mois précédent et 16,5% en mai. C’est sa plus faible hausse en 11 mois. dernier, contre 2,9 % en juin et le plafond de 3% (sur un an) visé par le gouvernement.

Or, le portrait est trompeur. Les économistes soulignent que la flambée des prix est surtout due aux pluies diluviennes qui ont détruit des récoltes et fait grimper les cours alimentaires de 6,8 %. Un problème passager, donc.

Aussi, les sages de Morgan Stanley et Bank of America/ Merrill Lynch parient que l’inflation en Chine s’approche d’un sommet et devrait s’estomper prochainement, laissant du coup une marge de manoeuvre au gouvernement.

« Les autorités auront la possibilité de soutenir la croissance si cela est nécessaire », ajoute la banque japonaise Nomura, qui s’attend à un assouplissement des mesures restrictives sur le crédit. D’ailleurs, Pékin a exprimé dans les derniers temps ses inquiétudes face à la perte de vitesse des pays industrialisés.

Il y a donc de l’espoir. Au moment où la reprise américaine semble en panne, la Chine pourrait de nouveau prendre la relève – comme elle l’a fait en 2008 avec son mégaplan de relance de 700 milliards – pour soutenir la croissance mondiale.

Un coup d’accélérateur de la locomotive chinoise serait bienvenu en Occident, c’est certain. Surtout en Bourse où les investisseurs ne savent plus à quel train s’accrocher ces temps-ci.

Jeunes et compétents – La Presse Affaires, 28 juin 2010

RICHARD DUPAUL
La Presse – La Presse Affaires
28 juin 2010

En 2010, la Chine deviendra officiellement le plus grand manufacturier du monde, selon une étude, délogeant les États-Unis qui trônent au sommet depuis 120 ans. L’avancée des pays émergents, sur le plan industriel, s’accélère… mais pour des raisons surprenantes.

Les Américains sont toujours les grands champions dans l’arène industrielle, ayant généré 19,9 % de l a production manufacturière de la planète en 2009, selon une nouvelle étude de la firme IHS Global Insight. Ils devancent toujours la Chine, au second rang, avec une part de 18,6 %.

Or, la sévère récession qui a suivi la crise financière de 2008-2009 a accéléré le déclin manufacturier américain. Si bien que l’empire du Milieu surpassera, dès l’an prochain, son rival occidental sur le plan industriel, projette IHS.

Les passionnés d’histoire vous diront qu’on revient ainsi en arrière, à un ordre établi il y a très longtemps: en effet, la Chine a été le plus grand producteur de biens de la planète pendant environ 1500 ans, selon des économistes historiens, soit jusqu’au milieu du XIXe siècle.

C’est à ce moment que, dans la foulée de la révolution industrielle, l’Empire britannique lui a ravi le premier rang brièvement, avant que les Américains ne passent devant vers 1890.

Le nouveau changement de garde au sommet de la hiérarchie manufacturière n’est pas une surprise, diront certains. Dans la mesure où la Chine a une population quatre fois plus importante que Les bas salaires ne sont pas les seuls motifs derrière la nouvelle révolution industrielle. Une maind’oeuvre qualifiée est désormais le facteur le plus important dans l’esprit des gens d’affaires.

Cependant, les choses ne sont pas si simples: une autre enquête indique qu’une armée de travailleurs et des bas salaires ne sont pas les seuls motifs derrière la nouvelle révolution celle des États-Unis et une main-d’oeuvre dix fois moins chère, il fallait bien que le balancier penche en faveur des Asiatiques tôt ou tard. industrielle. En fait, le nerf de la guerre est désormais ailleurs.

Le savoir

C’est la main-d’oeuvre jeune et compétente que l’on trouve de plus en plus dans les pays émergents, notamment en Chine, en Inde ou au Brésil, qui importe le plus pour le monde des affaires.

Un nouveau rapport conjoint de la firme Deloitte et d’un lobby manufacturier américain prévoit qu’en raison surtout de sa main-d’oeuvre qualifiée, le Brésil va supplanter les ÉtatsUnis d’ici cinq ans sur le plan de la compétitivité.

D’autres nations en forte croissance, capables d’offrir des travailleurs bien formés, sont aussi promises à un bel avenir : sur le plan de la compétitivité, le Mexique dépassera d’ici 2015 le Japon, un autre leader manufacturier du G7 qui est en perte de vitesse, avance le rapport.

Deloitte et le Conseil américain de la compétitivité ont interrogé plus de 400 chefs d’entreprise partout dans le monde pour leur demander ce qui motive leurs choix stratégiques.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les répondants ne prennent pas leur décision uniquement sur la base des « chiffres ». Une main-d’oeuvre qualifiée est désormais le facteur le plus important dans l’esprit des gens d’affaires.

Ce critère surpasse dorénavant les considérations strictement financières, comme les salaires ou le coût des matériaux et de l ’énergie, souligne Deloitte dans son rapport Global Manufacturing Competitiveness Index.

« L’enjeu dominant (pour les gens d’affaires), c’est de pouvoir trouver la main-d’oeuvre compétente », affirme l’un des auteurs du rapport. Les pays émergents l’ont compris et ils dépensent beaucoup d’argent en formation et en éducation dans les domaines des sciences et des technologies, dit-il.

En ce sens, Deloitte est plutôt pessimiste pour l’Europe: les Pays-Bas, le Royaume-Uni et d’autres pays sont appelés à dégringoler au palmarès de la compétitivité d’ici 2015, alors que la Thaïlande, la Russie et l’Argentine gagneraient quelques rangs.

Au 13e rang d’un peloton de 26 pays, le Canada demeurerait au milieu du peloton, toujours selon l’enquête.

L’Europe est donc sur une pente i nquiétante. Selon l’INSEE, l’institut français des statistiques, la part du secteur manufacturier dans la valeur ajoutée de l’Union européenne est passée de 20,5 % à 17 % entre 1995 et 2006. Une glissade dramatique en si peu de temps. Délocalisations d’usines, vieillissement de la main-d’oeuvre et perte de compétitivité, tout concourt au déclin industriel de l’Europe. On pourrait dire la même chose des États-Unis et de certains pays riches.

On a longtemps blâmé les salaires crève-la-faim dans les pays émergents pour les pertes d’emplois chez nous. Mais cette excuse ne tient plus. Le défi du monde industrialisé est d’attirer et de maintenir une main-d’oeuvre bien formée, affirme Deloitte. Mais le temps presse.



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