* 18 octobre 2010
* La Presse Affaires
* COLLABORATION SPÉCIALE
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SÉRIE DÉVELOPPEMENT DURABLE
Pour qu’une démarche de développement durable soit réussie, il faut un engagement sérieux de la haute direction.
D’ici à 2013, le gouvernement du Québec vise à ce que 20% des organisations aient adopté une démarche de développement durable. Beaucoup de chefs d’entreprise aimeraient amorcer une telle démarche, mais ne savent pas par où commencer.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Dominic D’Amours est le directeur du développement durable pour la société produisant le yogourt et les produits Liberté. Les entreprises cherchent de plus en plus à adopter une démarche de développement durable.
C’est pour les aider que le Conseil patronal en environnement (CPEQ) a lancé en août dernier un nouveau guide pratique intitulé « Entreprendre une démarche de développement durable en entreprise ».
Cet outil présente une liste d’actions à déployer dans chaque service d’une entreprise: approvisionnement, comptabilité, logistique, immobilier et ainsi de suite. Il prend aussi en compte les trois dimensions liées au développement durable: économique, sociale et environnementale.
« Une entreprise de petite taille ne pourra pas mettre tout cela en place au départ, mais le guide suggère comment chaque service puisse intégrer la démarche. Il s’agit d’un processus d’amélioration continue et à long terme », explique Hélène Lauzon, présidente du CPEQ.
Les clés du succès
Pour qu’une démarche de développement durable soit réussie, il faut un engagement sérieux de la haute direction.
« Une fois que les dirigeants ont la volonté de le faire parce que ça correspond à leurs valeurs et à leur stratégie, il faut préparer un plan d’action et le mettre en oeuvre, dit Emmanuelle Géhin, présidente de la firme Ozone et écostratège. Ce qui est complexe, c’est de bien faire comprendre la démarche aux employés, aux clients, aux fournisseurs et à la communauté. »
Mieux vaut, au départ, se fixer des objectifs simples que d’y aller avec un plan trop ambitieux qui risque d’être décourageant plutôt qu’efficace, ajoute Mme Géhin.
« Comme pour tout projet de changement, il faut donner du temps à l’organisation pour que la démarche se fasse convenablement », dit-elle.
Et pour que le processus soit rigoureux, il est très important que les résultats soient mesurés par des indicateurs de performance valables, dit Hélène Lauzon. « Si on a intégré des initiatives, il faut voir comment elles ont eu un effet par rapport à nos objectifs en mesurant des paramètres quantifiables », dit-elle.
Ainsi, on pourrait, par exemple, mesurer la quantité de déchets détournés des terrains d’enfouissement, les tonnes de gaz à effet de serre produites en moins, entre autres.
Marketing vert et écoblanchiment
Pour les entreprises qui se lancent dans le développement durable, il est tentant d’en faire état publiquement pour rehausser leur image. Attention, cependant, de ne pas tomber dans le greenwashing ou écoblanchiment!
« Pour la plupart des entreprises, l’intérêt premier d’une démarche de développement durable est le marketing, dit Emmanuelle Géhin. C’est un avantage concurrentiel. Les sondages révèlent que 97 % des consommateurs sont sensibles aux sujets environnementaux, donc énormément de gens prêtent une oreille attentive aux actions des organisations. La première entreprise qui entreprend une démarche dans son secteur devient leader de son marché et gagne en notoriété. »
Mais avant de se lancer dans le marketing vert, il est indispensable d’avoir des données tangibles à communiquer, ajoute-t-elle. Sinon, on risque d’être accusé d’écoblanchiment, cette pratique consistant à verdir l’image de son entreprise par des allégations environnementales non fondées.
Mobiliser les employés
Implanter une démarche de développement durable sans faire appel à la participation des employés relève de la mission impossible. Ceux-ci doivent être mobilisés et prêts à changer certaines méthodes de travail pour que la mise en oeuvre du plan d’action soit un succès.
« Il faut communiquer clairement la démarche à l’interne, dit Emmanuelle Géhin. C’est une bonne chose de s’appuyer sur les employés qui ont déjà une sensibilité à l’environnement et de leur demander d’être les ambassadeurs du projet auprès des autres. De plus, il faut choisir une personne ressource qui aura parmi ses tâches la gestion du projet de développement durable. »
UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE
C’est en 2005 que l ’ idée d’implanter le développement durable est apparue chez Liberté, fabricant de yogourts. Un travail exigeant qui comporte sa part de défis, mais qui en vaut la peine, selon Dominic D’Amours, directeur du développement durable de l ’entreprise. Depuis 2005, Liberté a déployé son plan d’action en intégrant des initiatives dans plusieurs secteurs : matières résiduelles, récupération et valorisation de la matière, efficacité énergétique et transports. « Le travail a été marqué en 2006 par une analyse du cycle de vie de nos activités pour connaître les impacts de l ’entreprise et ensuite lancer des projets d’amélioration basés sur ce diagnostic », explique M. D’Amours. Au départ, la société a travaillé sur la gestion de ses matières résiduelles. « Il faut donner la priorité aux initiatives qui vont donner des résultats rapidement pour que les employés voient les impacts positifs, et ensuite utiliser ces exemples pour aller de l ’avant vers des mesures plus complexes », dit M. D’Amours. Du côté des transports, on est en train d’implanter un système informatisé pour optimiser les parcours des camions de distribution et économiser l ’essence. Une question assez complexe qui demande plus de temps que prévu, explique le vice-président. Par la suite, quelques initiatives d’efficacité énergétique ont été mises en branle. « À l ’une de nos installations, en hiver, au lieu d’utiliser en tout temps l ’équipement de réfrigération, on prend l ’air froid de l ’extérieur et on l ’achemine dans le système, dit-il. Dans un autre bâtiment, on utilise la chaleur des compresseurs de l ’équipement de réfrigération pour chauffer les bureaux. Notre objectif est d’optimiser la consommation d’énergie des bâtiments. » Si toute la démarche demande beaucoup d’efforts, l ’entreprise a déjà obtenu un bon rendement de l ’ investissement qui couvre amplement les coûts initiaux, souligne M. D’Amours. « Après quatre ans, on peut dire que ça commence à être intégré, mais il y a toujours du travail à faire, dit-il. On est réalistes et on apprend. »