Philippe MercureLa PresseProtéger l’environnement tout en stimulant l’économie du Québec? Cette double mission, Andrée-Lise Méthot y croit profondément. Et elle y travaille d’arrache-pied. Le 11 janvier dernier, cette pionnière de l’économie verte s’est vu confier les rênes d’un tout nouveau fonds destiné à soutenir les meilleures technologies environnementales du Québec. La Presse et Radio-Canada soulignent son engagement et sa vision en la nommant Personnalité de la semaine.
«Parlez de mon équipe! C’est important. Moi, les one woman show… Ce n’est pas avec ça qu’on peut construire à long terme. Je suis entourée de partenaires formidables et très talentueux, et c’est avec eux qu’on fait arriver les choses.» Andrée-Lise Méthot n’est pas du genre à aimer parler d’elle-même trop longtemps. Abordez ses succès et elle redirige les mérites vers Bernhardt Zeisig, son principal associé au sein de Cycle Capital, ou vers ses autres collaborateurs, qu’elle présente longuement à la façon d’un chef d’orchestre qui rend hommage à ses musiciens.
Mme Méthot est un drôle d’oiseau dans le monde de la finance québécoise. Cette iconoclaste qui a étudié le génie et la géochimie a travaillé autant à la Commission de la santé et de la sécurité du travail que pour les Nations unies, où elle a coprésidé un groupe de travail sur l’environnement.
Passionnée par l’apparition de la vie sur Terre, Mme Méthot a aussi toujours été préoccupée par sa possible disparition. «Plus jeune, j’ai eu un passé très militant», dit celle qui a déjà arraché l’asphalte des ruelles pour y planter des arbres.
Aujourd’hui, c’est au moyen de la finance qu’elle veut changer les choses. Une façon de ne plus seulement dénoncer, mais d’agir, explique-t-elle.
Technologies propres
Il y a trois ans, Andrée-Lise Méthot a lancé Cycle Capital Management, tout premier fonds québécois de capital-risque consacré aux technologies propres. L’idée: financer les entreprises qui mettent au point et commercialisent des technologies environnementales dans l’espoir de les voir percer.
Aujourd’hui, 29 millions des 80 millions disponibles ont été misés sur huit entreprises, dont sept québécoises, qui font autant dans les biocombustibles que dans le traitement de l’eau ou l’efficacité énergétique.
Cycle Capital vient aussi d’être choisi pour gérer ce qui s’appelle désormais Cycle C3E, nouveau fonds d’amorçage lancé par le gouvernement du Québec et financé par Québec, le Fonds de solidarité FTQ et FIER Partenaires.
En sollicitant des partenaires privés, Cycle Capital est parvenu à ajouter 9 millions aux 33 millions initiaux. Cette fois, la somme sera consacrée à de très jeunes entrepreneurs qui ont besoin de fonds pour concevoir leurs technologies vertes.
Et pas question de lancer de l’argent en priant pour créer des succès. Les entreprises choisies seront non seulement financées, mais aussi encadrées et conseillées par Cycle Capital.
«On a un rôle de mentorat à faire. On a des gens qui ont une expérience extraordinaire dans notre équipe et on les met à contribution», dit Mme Méthot.
Elle-même fait partie du conseil d’administration de cinq entreprises financées par Cycle Capital.
«Je travaille quotidiennement avec les entreprises. Tout le monde ici met la main à la pâte. On fait les petites comme les grandes choses», dit-elle.
Créer des ponts
L’ancienne militante se retrouve-t-elle dans ce rôle de financière?
«Non, ce n’est pas ça que je voulais faire quand j’étais adolescence, lance-t-elle en riant. Mais j’ai découvert ce métier et je le trouve fascinant. J’ai l’impression de servir la cause mieux que jamais.»
Aussi proche des financiers que des écologistes – elle compte le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbault, parmi ses amis personnels -, Andrée-Lise Méthot crée des ponts entre des groupes qui s’estiment souvent en opposition.
«Cette femme est une tornade. Son pouvoir de persuasion est extraordinaire», a déjà dit Denis Leclerc, ancien dirigeant d’AbitibiBowater, que Mme Méthot a convaincu de prendre les rênes d’Écotech Québec, nouvelle grappe des technologies propres du Québec dont Mme Méthot est aujourd’hui présidente.
Optimiste, Mme Méthot? Absolument. Elle cite des chiffres qui montrent que les investissements en finance verte sont en pleine progression dans le monde. Et elle a confiance que le Québec et le Canada pourront prendre leur place dans ce marché en plein essor.
«Le pôle Ontario-Québec est extraordinaire. Oubliez les frontières: il faut le voir d’un bloc, dit-elle. Et de Waterloo à Sherbrooke, il se passe des choses extraordinaires actuellement.»
J’ai découvert ce métier et je le trouve fascinant. J’ai l’impression de servir la cause mieux que jamais.
Posts Tagged: Capital de risque
Andrée-Lise Méthot – Cycle Capital Management
Technologies vertes recherchées – La Presse Affaires
* 12 janvier 2011
* La Presse
* HÉLÈNE BARIL
Technologies vertes recherchées
Un deuxième fonds d’amorçage d’entreprises voit le jour
Des idées vertes et prometteuses. C’est tout ce que cherche le nouveau fonds d’investissement dans les technologies propres pour faire fructifier les 42 millions dont il dispose.
« On se trompe souvent, mais quand on réussit, ça vaut la peine » , a résumé hier Andrée-Lise Méthot, fondatrice de Cycle Management Capital et gestionnaire du nouveau fonds Cycle-C3E.
Destiné aux entreprises naissantes, le fonds est le deuxième des fonds d’amorçage créés sous l’impulsion du gouvernement du Québec. Il a été précédé du fonds d’investissement Réal, qui s’intéresse aux technologies de l’information, et il sera bientôt suivi d’Amorchem, qui visera les biotechs.
Commepour lesdeuxautres, le gouvernement du Québec mettra 16,5 millions dans le fonds Cycle-C3E, le Fonds de solidarité FTQ investira 10,9 millions et FIER Partenaires, 5,6 millions, pour un total de 33 millions de fonds publics et parapublics.
Le mandat de gérer cet argent a été confié à des gestionnaires d’expérience à la suite d’un appel d’offres.
La proposition de l’équipe d’Andrée-Lise Méthot a été retenue parmi 17 offres de service. Cycle Capital Management a réussi à réunir 9 millions de plus en fonds privés, pour porter la cagnotte à 42 millions.
Des entreprises comme Rio Tinto Alcan, Cascades, et Gaz Métro ont investi dans le fonds, ce qui est une condition importante de succès, selon la gestionnaire. « L’expérience des industriels nous évitera de faire des erreurs dans les choix de nos investissements » , a-t-elle dit.
Le fonds investira dans de 10 à 15 entreprises, à raison de 1 à 4 millions par entreprise. Le rendement visé est lemême que celui attendu dans les fonds du genre, soit entre 20 et 30%, a-t-elle précisé.
Le secteur des technologies est en plein essor partout sur la planète. En 2010, il a attiré 7,8 milliards d’investissements. Même si beaucoup de monde est à la recherche de la poule aux oeufs d’or, le Québec peut se démarque dans certaines activités, croit Andrée-Lise Méthot. « On ne peut pas être bons en tout, mais on peut être excellents dans certains secteurs, comme l’efficacité énergétique, l’eau et la gestion des déchets. »
Au total, le gouvernement du Québec mettra 50 millions dans les trois fonds d’amorçage. « En matière de technologie, on sait que ce n’est pas le financement traditionnel qui fait la différence » , a soutenu le ministre du Développment économique, Clément Gignac.
Avenir du capital de risque au Québec : des signes discordants
* 23 novembre 2010
* La Presse
Avenir du capital de risque au Québec : des signes discordants
Après l’éclatement de la bulle technologique au début de la décennie, 2009 restera dans les annales comme l’une des pires années pour l’industrie mondiale du capital de risque. Pendant cette crise, les fonds de capital investissement ont accusé une perte
Cette année, selon les statistiques compilées par la firme médiatique Thomson Reuters, les investissements en capital de risque ont augmenté de 122 % en Amérique, de 67 % en Asie et de 20 % en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient par rapport à l’an dernier. On comprend donc que le ton était à l’optimisme les 25 et 26 octobre dernier, lors de la Quebec City Conference, qui réunissait quelque 425 capital-risqueurs provenant de 22 pays. La reprise des investissements en capital de risque se fait également sentir au Québec. Les dernières statistiques publiées par Réseau Capital confirment en effet que l’activité liée au capital de risque a augmenté considérablement au deuxième trimestre de 2010, alors qu’un total de 100 millions de dollars ont été investis, soit 45 % de plus que les 69 millions de dollars investis à la même période en 2009. En dollars absolus, l’activité québécoise a dominé le marché canadien du capital de risque au deuxième trimestre, aidant ce dernier à progresser de 57 % pour atteindre 334 millions de dollars.
Le revers de la médaille
Ces statistiques sont certes très encourageantes. Toutefois, d’autres signes laissent présager des jours plus sombres pour le capital de risque au Canada. Un récent sondage mondial sur l’investissement en capital de risque, mené conjointement par Deloitte, l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement ( CVCA) et plusieurs autres associations internationales du secteur, indique que l’industrie canadienne du capital de risque ne cesse de décliner, alors que celle des marchés émergents prend de l’expansion. Selon les résultats du sondage, deux tiers ( 66 pour cent) des répondants canadiens s’attendent à ce que le nombre de sociétés de capital de risque diminue d’ici 2015, alors que la grande majorité des sociétés évoluant dans ce secteur en Chine, en Inde et au Brésil prévoient une hausse de leur nombre dans leur pays respectif pendant cette période. Les prévisions sur le financement disponible au cours des cinq prochaines années sont aussi moroses. Ainsi, la majorité des répondants canadiens sont d’avis qu’il y aura un repli ou pas de changement sur ce plan. De ce fait, 11 pour cent d’entre eux prévoient un recul de plus de 30 pour cent; deuxième perspective la plus pessimiste de tous les pays sondés. Par comparaison, les répondants du Brésil, de la Chine et de l’Inde jugent que les investissements augmenteront sensiblement.
Le cas des biotechs
Le secteur des biotechnologies est sans doute le plus bel exemple de la divergence de vues en ce qui concerne la situation du capital de risque. Lors de la 17e présentation de BioContact Québec, qui réunissait récemment plus de 600 intervenants de l’industrie des biotechs, les intervenants étaient unanimes pour dire que l’offre de financement dans ce secteur faisait grandement défaut au Québec. Pourtant, les statistiques de Réseau Capital indiquent que, pour le deuxième trimestre, le secteur biopharmaceutique a obtenu la part du lion avec 39 % de tous les investissements. À elles seules, sept entreprises des sciences de la vie ont récolté un total de 38 millions $.

Chargement