* 23 novembre 2010
* La Presse
Le Québec à l’ère de l’innovation ouverte
L’archétype de l’inventeur travaillant en solitaire dans son laboratoire est bien révolu. Aujourd’hui, alors que la technologie devient de plus en plus complexe, les équipes de R& D ont du mal à se suffire à elles- mêmes pour trouver des solutions à leurs
Cette démarche appelée « crowdsourcing » , ou impartition à grande échelle, peut être faite par un appel ciblé ( quand un niveau minimal d’expertise est nécessaire) ou par un appel ouvert à d’autres acteurs. Suivant les mêmes principes de partage et de collaboration qui ont donné naissance au Web 2.0, une entreprise accepte de divulguer une partie de l’information dont elle détient la propriété intellectuelle afin de permettre à des ressources externes de contribuer à son développement. En fait, le crowdsourcing est une forme d’innovation ouverte ( open innovation), un concept selon lequel une entreprise n’est pas limitée au fruit de ses propres recherches, mais peut acquérir sous licence des technologies ou des procédés brevetés par une autre compagnie. Parallèlement, les technologies brevetées par l’entreprise mais qui ne sont d’aucune utilité pour celle-ci peuvent aussi être cédées sous licence à d’autres entreprises. C’est une stratégie qui gagne en popularité comme en fait foi le Rapport de conjoncture 2009 du Conseil de la science et de la technologie intitulé Innovation ouverte : enjeux et défis pour le Québec.
La sérendipité mise à profit En R& D, il n’est pas rare que des chercheurs fassent une découverte inattendue au cours de travaux dirigés initialement vers une application totalement différente. Le néologisme « sérendipité » ( de l’anglais serendipity) désigne ces découvertes fortuites, qui peuvent parfois mener à de grandes inventions mais dont on ne voit pas toujours l’utilité première. L’exemple le plus célèbre est sans doute celui des notes autocollantes Post-it. La formule de colle au faible pouvoir adhésif a été inventée par erreur par Spencer Silver, un chercheur de la société 3M qui voulait mettre au point une colle puissante. Heureusement, il en a parlé à son collègue Arthur Fry, qui lui a trouvé l’application qu’on lui connaît. Fry, qui était chanteur dans une chorale de SaintPaul au Minnesota, avait pour habitude de marquer les hymnes du jour au moyen de petites feuilles de papier, mais celles-ci glissaient au moindre mouvement. On connaît la suite! N’eut été d’Arthur Fry, l’invention de Spencer Silver serait restée dans l’oubli, privant la société 3M de millions de dollars de revenus. Malheureusement, bon nombre d’autres technologies et procédés n’ont sans doute jamais été exploités parce qu’ils n’étaient d’aucune utilité pour la compagnie où ils ont été découverts ou parce que les dirigeants ne saisissaient pas leurs applications potentielles. En adoptant une stratégie d’innovation ouverte, une entreprise pourra non seulement compter sur le savoirfaire d’un plus grand nombre de chercheurs pour faire avancer ses travaux de R& D, mais pourra également profiter des découvertes fortuites qui ne cadrent pas avec son champ d’activité principal en cédant des brevets sous licence à d’autres entreprises ou en lançant de nouvelles entreprises par essaimage.
« Québec, une région en mode solution »
Tel est le thème d’un événement unique, original, créatif et productif qui se tiendra au Centre des congrès de Québec le 14 décembre prochain, en marge du 3esymposium de l’International Society for Professional Innovation Management ( ISPIM).
Pendant cette journée, les participants, issus de toutes les sphères d’activité, seront invités à trouver des solutions— ou des pistes de solution — à des problèmes soumis au préalable par divers intervenants industriels. « Afin que la journée soit la plus profitable pour tous, l’ensemble des échanges se fera dans un mode “ open source”, privilégiant ainsi le partage de l’information. Toute l’information fournie dans la description du problème sera considérée non confidentielle et de domaine public » , précisent les organisateurs. Les dix problèmes retenus sont décrits en détails sur le site Web de l’événement ( www. quebec-solutions. com). Certains sont d’une grande complexité et font appel à des connaissances techniques très poussées, alors que d’autres peuvent être compris par le commun des mortels. En voici un exemple :
Casque intelligent pour Bixistes
En partant du principe que les utilisateurs des vélos BIXI n’ont pas nécessairement avec eux l’équipement nécessaire pour faire une balade en toute sécurité, la compagnie Living LAB de Montréal s’est donné comme objectif de concevoir un casque urbain intelligent qui soit pratique et capable de répondre parfaitement aux besoins personnels de tous les Bixistes, tout en étant facilement disponible chaque fois qu’une personne emprunte un vélo Bixi. Le travail d’idéation, commencé avec les 50 Bixistes de BixiWiki et les premiers partenaires, n’est que la première étape du processus d’innovation ouverte et la poursuite du projet nécessite maintenant de pouvoir ouvrir la démarche de recherche et développement à des partenaires technologiques et créatifs, experts dans plusieurs domaines. Pour aider à bien comprendre les raisons qui l’empêchent présentement d’offrir des casques en location avec les BIXI, Alain Ayotte, président de la Société de vélo en libreservice, expose les trois principaux enjeux, soit l’ajustement, l’hygiène et l’intégrité du casque, dans une vidéo disponible sur le Web. L’avenir nous dira si la participation de Living LAB à l’événement aura été profitable.








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