* 12 octobre 2010
* La Presse Affaires
* MARTINE LETARTE
* COLLABORATION SPÉCIALE
Des pistes pour réduire le décrochage
à partir de la page 1 Vieillissement de la population, coûts de la santé en hausse, faible productivité au travail, taux de décrochage scolaire élevé: les défis que les Québécois ont à relever sont nombreux. Alors que la communauté d’affaires tiendra une journée d’échanges le 9 novembre dans le cadre de la démarche Focus stratégique Québec 2010 sur l’avenir du Québec, La Presse publie tous les mardis une page consacrée à un enjeu. Cette deuxième chronique, d’une série de six, porte sur le système d’éducation.
«La classe doit être un lieu de joie alors que trop souvent, c’est une corvée pour les enfants», remarque Paul Gérin-Lajoie, premier ministre québécois de l’Éducation.
Les critiques fusent sur le système d’éducation du Québec, mais les progrès accomplis depuis les années 60 sont gigantesques.
«Notre système d’éducation francophone est très jeune si on le compare à celui de la France, des États-Unis et des autres provinces canadiennes. Il s’est bâti dans les années 60. À l’époque, le taux de d’obtention des diplômes en 11e année était de 13% chez les francophones catholiques», indique Claire Lapointe, professeure au département des fondements et pratiques en éducation à l’Université Laval.
Homme derrière la grande réforme des années 60, Paul Gérin-Lajoie a été le premier ministre de l’Éducation du Québec. Aujourd’hui, que pense-t-il du système? «J’en suis plutôt satisfait. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de choses à corriger. Le plus grand défi à l’heure actuelle, c’est le décrochage.»
Et le décrochage scolaire coûte cher. On a appris dans le rapport du Groupe de travail sur la persévérance et la réussite scolaires, sorti en 2009, qu’une cohorte de décrocheurs représente unmanque à gagner pour le gouvernement de 1,9 milliard. Pour l’individu, avoir un diplôme secondaire signifie un salaire annuel en moyenne de 40 000$ au lieu de 25 000$ et deux fois moins de chômage.
Voici quelques pistes de solution proposées par des experts pour améliorer la réussite scolaire et continuer à faire évoluer le système d’éducation.
1. Développer le parascolaire
« Un moyen de susciter de l’intérêt pour l’école chez les enfants est de développer des activités parascolaires et des matières facultatives. Il ne devrait pas y avoir une école qui n’a pas son projet», affirme Paul Gérin-Lajoie.
Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier et du Groupe de travail sur la persévérance et la réussite scolaires, est du même avis. «Fusion Jeunesse, par exemple, envoie dans des écoles de milieu défavorisé des étudiants universitaires pour mettre en oeuvre des projets choisis par les élèves. Souvent, jamais personne n’avait demandé à ces élèves ce qu’ils avaient envie de faire!»
Musique, journaux étudiants, sport, création de jeux vidéo: l’éventail de projets est large.
«Des chercheurs évaluent les résultats de ce projet et ils ont constaté qu’il améliore le taux de réussite et qu’il diminue l’absentéisme. Les gens de Fusion Jeunesse deviennent aussi des modèles et les jeunes développent un sentiment d’appartenance à l’école », affirme M. Ménard.
2.Renforcer la surveillance de la qualité de l’enseignement
«Je me demande si les commissions scolaires ou les directions d’école font tout ce qu’elles devraient faire pour suivre la qualité de l’enseignement de leurs professeurs», questionne M. Gérin-Lajoie.
Il considère qu’un enseignement de qualité, c’est l’art de susciter l’intérêt. «Le professeur ne devrait pas se contenter de donner le contenu du livre. Il devrait avoir une culture suffisante et une capacité de communication qui rendent son enseignement très satisfaisant pour les élèves de façon à ce qu’ils sentent qu’ils apprennent quelque chose et de façon amusante. La classe doit être un lieu de joie alors que trop souvent, c’est une corvée pour les enfants.»
3. Encourager les parents à jouer leur rôle
Paul Gérin-Lajoie croit que le rôle des parents demeure essentiel. «Même si les deux travaillent, ils doivent trouver du temps pour soutenir l’intérêt de leurs enfants pour l’école.»
4. Encourager les initiatives citoyennes
C’est une des grandes solutions préconisées par Jacques Ménard. «Je suis optimiste, parce que je vois une mobilisation dans la société. Fusion Jeunesse, c’est ça. De plus en plus d’entreprises aussi refusent de faire travailler des jeunes du secondaire 35 heures par semaine puisque ça les condamne à l’échec.»
5. Valoriser la formation professionnelle
«Le ministère de l’Éducation est en train de redonner des lettres de noblesse à la formation professionnelle et il doit continuer. Ça doit être vu comme un choix qu’une personne peut faire qui ne l’empêchera pas de continuer à progresser», affirme Claire Lapointe.
6. Rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans
« Ça enverrait un message important », indique M. Ménard.
7. Cesser de subventionner le système privé d’éducation
«Le financement des écoles privées est un des facteurs principaux qui affaiblissent le système d’éducation public. Les études démontrent que la mixité sociale est bénéfique pour la réussite de tous les élèves. Et un État démocratique a l’obligation de fournir une éducation de haute qualité à tous», affirme Mme Lapointe.
8. Augmenter les droits de scolarité des universités
« Le sous-financement est très inquiétant parce qu’on ne pourra plus maintenir la qualité. Il faudrait se donner cinq ans pour ramener les droits de scolarité du baccalauréat à la moyenne canadienne en instaurant un système de bourses, car toute personne qui souhaite aller Jacques Ménard, président de BMOGroupe financier et du Groupe de travail sur la persévérance et la réussite scolaires. à l’université et qui en a les capacités devrait pouvoir le faire. »

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